Réseaux Sociaux en Start-up

Béatrice Lamourette a une expérience professionnelle de plus de 25 ans dans la High Tech chez HP puis Microsoft où elle a occupé des postes de management très variés dans la vente directe et indirecte, le support technique, le marketing stratégique, le service client en France et en Europe. Elle s’est lancée dans l’entreprenariat en 2012, forte d’une solide expérience des différentes facettes business d’une grande entreprise internationale. Depuis 2013, elle est co-fondatrice de Ciscope, un éditeur de logiciel qui propose une plate-forme collaborative et sociale pour accélérer le déploiement de réseaux sociaux communautaires ou au sein de l’entreprise.

J’apprécie toujours nos échanges avec Béatrice. Comme son business a pris une ampleur au sein de startups et PMEs récemment, je lui ai demandé de partager ses expériences avec moi et mes lecteurs.

Rennesle Chateau-Tresor (RCT): Béatrice, pour commencer un peu de contexte sur les réseaux sociaux d’entreprises svp?

BL: Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Aujourd’hui plus de 1,5 milliard de personnes dans le monde utilisent les réseaux sociaux et beaucoup ont plusieurs comptes sur les différentes plateformes généralistes. Il y a en France environ 54 millions d’utilisateurs d’internet soit plus 80% de la population.  Selon l’étude Mc Kinsey sur le potentiel des réseaux sociaux, nous passons en moyenne 28 heures par semaine à surfer sur Internet, à rédiger des emails, à chercher de l’information ou à collaborer avec les autres.  Un tiers de ce temps est dédié exclusivement aux réseaux sociaux.

RCT: Et les chiffres de réseaux sociaux au niveau des entreprises?

BL: Le développement des réseaux sociaux d’entreprise en France est encore faible. Selon l’INSEE seules 20% des entreprises françaises exploitaient au moins une plateforme sociale en 2013.  Ce chiffre est encore plus bas dans les PME et TPE dont 1/3 n’a toujours pas de site internet. Cette situation n’est pas uniquement due à des raisons financières.  Elle reflète avant tout un problème de compréhension des enjeux et des bénéfices que l’on peut tirer de ces outils.

RCT : La raison à votre avis?

BL: Probablement liée aux difficultés managériales, l’organisation et une communication interne faible dans nos entreprises.

Il y a donc encore un très gros travail d’explication et d’évangélisation à faire notamment auprès des TPE/PME, sur les médias sociaux, mais également sur le numérique de manière générale.

RCT: Pourquoi utiliser un réseau social en entreprise ?

BL: Tout d’abord, on peut dire que les réseaux sociaux ne sont pas simplement un effet de mode.  Les nombreux utilisateurs les ont démocratisés et rendus légitimes comme nouveau moyen de communiquer, d’exprimer son opinion ou de partager des idées.

Certes, on pourrait penser que l’utilisation des réseaux sociaux détourne l’attention et fait perdre du temps.  En réalité, ils sont devenus un véritable outil de travail qui peut nous rendre mieux informés, plus efficaces et plus compétitifs sur le marché.

RCT: Du coup les avantages plus concrètement ?

BL: Je les résumerais en trois points :

1-    D’accroître sa notoriété et de fournir des informations sur son profil ou son entreprise en fonction de la cible que l’on vise,

2-    De donner la parole aux collaborateurs, aux clients ou aux fournisseurs en les faisant participer activement à un processus métier pour l’élaboration d’un produit service en mode « pivoting » marketing par exemple, ou bien pour l’évaluation de la performance des fournisseurs ou encore la conduite d’un projet complexe,

3-    De trouver de nouveaux contacts qualifiés comme des clients, des partenaires ou des experts, voire d’investisseurs en vue d’un recrutement ou pour identifier de nouvelles opportunités.

RCT: Je voudrais insister sur la “participation active” car elle implique la co-création, indispensable pour un bon niveau de “product management”, non?

BL: Sans aucun doute. A titre d’exemple et selon une étude InSites de 2012, 44 % des clients souhaitent participer à la « co-création » des produits. Au travers d’un réseau social, l’entreprise peut ainsi entrer en contact avec des groupes d’utilisateurs actifs, passionnés et fidèles qui souhaitent l’aider à réussir.

L’utilisation d’un réseau social permet à l’entreprise dans ce cas précis de poser des questions ouvertes sur des fonctionnalités que les clients aimeraient voir intégrer dans ses produits ou sur celles développées par ses concurrents. Elle peut également demander aux utilisateurs de donner leur avis sur ses nouvelles idées.

RCT: Donc on peut dire aussi que c’est un axe important pour le “customer success” et la fidélisation des clients. Alors, je suis sure que les lecteurs se posent des questions : pourquoi un réseau social d’entreprise privé, pourquoi ne pas utiliser les réseaux existants?

BL: Les réseaux sociaux généralistes mélangent un peu tous les sujets et il est très difficile de s’y retrouver.  En effet, ils mêlent vie professionnelle, vie personnelle, faits divers, recherche d’emploi etc.

Le réseau social privé propose une plate-forme plus complète et mieux adaptée au métier de l’entreprise, offrant des outils de messagerie instantanée, de micro-blogging, des wikis, etc.  Il peut être intégré au système d’information de l’entreprise pour accélérer la diffusion de certaines information, gérer une situation de crise ou piloter un travail d’équipe. L’avantage de ces fonctionnalités se mesure en termes de collaboration, de partage des connaissances et d’intelligence collective. Un réseau social d’entreprise peut aussi englober et impliquer les clients, fournisseurs et partenaires de l’entreprise dans des communautés dites “externes ».  Cela va permettre de diffuser plus rapidement de l’information, de synchroniser les actions et produire une meilleure collaboration.

RCT: Quels sont les bénéfices complémentaires pour une start-up qui décide d’investir dans un réseau social ?

BL: Les principaux bénéfices pour une start-up seront de partager ses idées innovantes, d’accélérer ses processus d’innovation (besoins clients émergents, devis, …), d’ouvrir son réseau à ses partenaires, prospects et clients, d’améliorer la diffusion de l’information, d’attirer des investisseurs ou des clients et bien sûr de gagner du temps et de l’argent !

Pour commencer, elles peuvent exploiter les réseaux sociaux généralistes en créant des profils et des pages au nom de leurs sociétés.  Il ne faut pas négliger le temps que cela nécessite pour animer la page, répondre aux commentaires, etc.

RCT: Parlons de quelques cas concrets de startups / SMEs que vous avez aidées ?

BL: Quand il s’agit des startups, nous sommes dans des exemples très variés et très intéressants en même temps. Gérer des communautés de talents, promouvoir un secteur ou des métiers, ou encore déployer une place de marché avec des enchères, font partie des sujets sur lesquels nous sommes sollicités par des startups.

Un de nos clients va ainsi mettre en ligne prochainement un réseau social de gestion de cave à vin et un autre une plate-forme de mise en relation de clients et d’experts IT.

Bref, nous avons une approche qui présente de nombreux bénéfices pour les start-ups dont le business model s’appuie sur un réseau social communautaire dédié à un secteur vertical (la gastronomie, le sport, la culture) ou une niche de marché (les femmes au foyer, les associations, les parents d’élèves etc.) par exemple.

RCT: On ne s’ennuie jamais avec le monde des startups. Toujours des projets inattendus, beaucoup d’originalité. Quels sont vos atouts du point de vue des Startups ?

BL: Les start-up sont sensibles à notre expertise, notre souplesse et surtout la réduction de leur time-to-market car avec Ciscope, elles peuvent démarrer très vite leur activité en quelques semaines, ce qui leur permet de se focaliser sur la promotion de leurs produits et savoir-faire ainsi que l’acquisition d’abonnés.  Nous nous donnons alors conjointement une période de 6 mois pour élaborer le modèle de facturation le mieux adapté à leurs objectifs et leur croissance.

RCT: Derniers mots pour conclure?

BL :  Le Réseau social privatif, aussi appelé réseau social d’entreprise est l’outil idéal pour partager des informations, interagir, collaborer, renforcer le lien entre les utilisateurs et dynamiser l’activité d’une société au quotidien. En revanche,  une nécessité forte se dégage aujourd’hui au sein de l’entreprise d’exploiter ces nouveaux usages de communication et de collaboration pour générer un retour sur investissement prouvé pour le métier.  C’est là que se trouve le véritable enjeu pour les éditeurs et les développeurs dans les années à venir.

RCT: Merci beaucoup Béatrice pour ces éclaircissements!